Serap Dogansoy
04 Juin 2026•Mise à jour: 04 Juin 2026
AA / Istanbul / Serap Dogansoy
Les personnes les plus modestes en France développent plus fréquemment des cancers de mauvais pronostic et sont davantage diagnostiquées à un stade avancé de la maladie que les populations les plus aisées, selon une étude publiée ce jeudi par la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (Drees).
Fondée sur des données de l’Assurance maladie croisées avec celles de l’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee), cette étude documente pour la première fois à l’échelle individuelle les liens entre niveau de vie, incidence et gravité des cancers.
Les résultats montrent que les inégalités sociales face au cancer varient fortement selon les organes touchés. Parmi les cancers les plus fréquents, le cancer du poumon est nettement plus répandu chez les populations les plus modestes : entre 2013 et 2020, les hommes appartenant aux 10 % les moins favorisés présentaient un risque 2,2 fois plus élevé d’en développer que ceux appartenant aux 10 % les plus aisés.
À l’inverse, les cancers du sein et de la prostate sont plus fréquemment diagnostiqués parmi les populations les plus favorisées, un écart que la Drees associe notamment à des différences d’exposition à certains facteurs de risque ainsi qu’à un recours plus fréquent au dépistage.
Des cancers plus agressifs chez les plus modestes
L’étude souligne également que les populations les moins favorisées développent davantage de cancers associés à de faibles chances de survie. À âge et sexe comparables, les 10 % les plus modestes présentent un risque 1,7 fois plus élevé de développer un cancer de mauvais pronostic que les 10 % les plus aisés.
Les auteurs observent par ailleurs une fréquence plus importante des formes agressives de la maladie dans les catégories sociales les moins favorisées.
Des diagnostics plus tardifs
Pour plusieurs cancers faisant l’objet de programmes de dépistage, notamment ceux du sein, du côlon ou du col de l’utérus, les personnes les plus modestes sont plus souvent diagnostiquées à un stade métastatique, c’est-à-dire lorsque la maladie s’est déjà propagée à d’autres organes.
Selon l’étude, le risque de recevoir un diagnostic de cancer métastasé est plus de deux fois supérieur chez les populations les moins favorisées. En revanche, cet écart n’apparaît pas pour les cancers qui ne font pas l’objet d’un dépistage organisé.
Des inégalités à chaque étape de la maladie
La Drees relève également que les cancers associés à des facteurs de risque identifiés et considérés comme évitables sont plus fréquents parmi les populations modestes. Les 10 % les moins favorisés présentent ainsi un risque plus de deux fois supérieur de développer ce type de cancer par rapport aux 10 % les plus aisés.
Selon les auteurs, ces écarts se construisent à plusieurs niveaux : l’exposition aux facteurs de risque, tels que le tabagisme, le recours au dépistage ainsi que la précocité du diagnostic.
Le cancer demeure la première cause de mortalité en France, avec plus de 160.000 décès enregistrés chaque année. L’étude suggère que les populations les plus défavorisées bénéficient moins des avancées en matière de prévention, contribuant au maintien des inégalités sociales face à la maladie.