Serap Doğansoy
05 Juin 2026•Mise à jour: 05 Juin 2026
AA / Istanbul / Serap Dogansoy
Le développement rapide de l’intelligence artificielle (IA) pourrait entraîner un doublement de la consommation d’eau et d’électricité des centres de données d’ici à 2030, faisant peser une pression croissante sur les ressources naturelles mondiales, selon un rapport publié mercredi par l’Institut pour l’eau, l’environnement et la santé des Nations unies.
L’organisme onusien estime que cette hausse, alimentée principalement par l’essor de l’IA générative, risque de menacer l’accès aux ressources pour des milliards de personnes et appelle à la mise en place d’un cadre international de régulation du secteur.
Selon le rapport, les centres de données ont consommé en 2025 environ 4.500 milliards de litres d’eau et 448 térawattheures (TWh) d’électricité, soit davantage que la consommation annuelle de certains États. L’intelligence artificielle représentait à elle seule près d’un cinquième de cette demande énergétique.
Une demande en eau en forte hausse
Les auteurs soulignent que l’empreinte hydrique de l’IA ne se limite pas au refroidissement des serveurs. Elle inclut également l’eau nécessaire à la production de l’électricité alimentant les centres de données.
À l’horizon 2030, la consommation annuelle d’eau douce attribuée aux centres de données et à l’IA pourrait atteindre jusqu’à 9 milliards de mètres cubes, soit l’équivalent des besoins domestiques annuels d’environ 1,3 milliard de personnes vivant en Afrique subsaharienne.
Les centres de données utilisent notamment des systèmes de refroidissement par évaporation nécessitant d’importants volumes d’eau qui sont ensuite rejetés dans l’atmosphère.
Une consommation électrique appelée à tripler
Le rapport prévoit également un triplement de la consommation électrique des centres de données entre 2023 et 2030 pour atteindre environ 945 TWh.
Ce volume représenterait près de trois fois la consommation annuelle combinée du Pakistan, du Bangladesh et du Nigeria, qui totalisent ensemble plus de 650 millions d’habitants.
Les experts citent notamment l’entraînement du modèle d’intelligence artificielle GPT-4, dont les besoins énergétiques sont estimés entre 50 et 70 gigawattheures (GWh), soit l’équivalent de la consommation annuelle résidentielle de centaines de milliers de personnes en Afrique subsaharienne.
Selon le rapport, ChatGPT traite environ 2,5 milliards de requêtes par jour, générant à lui seul une consommation annuelle estimée à 383 GWh.
L’ONU identifie également la génération de vidéos par intelligence artificielle comme une « crise environnementale émergente », en raison de ses besoins particulièrement élevés en ressources informatiques et énergétiques.
Des émissions de CO₂ et une pression foncière croissantes
Les centres de données ont généré environ 189 millions de tonnes d’équivalent dioxyde de carbone (CO₂) en 2025, un volume qui pourrait atteindre près de 399 millions de tonnes d’ici à 2030, selon les projections du rapport.
Parallèlement, l’emprise foncière des infrastructures numériques devrait plus que doubler, passant de 6.900 kilomètres carrés à plus de 14.500 kilomètres carrés sur la même période.
Les auteurs mettent également en garde contre l’augmentation attendue des déchets électroniques liée au déploiement accéléré des infrastructures d’IA.
Appel à une gouvernance mondiale
Face à ces perspectives, l’Institut onusien appelle à la création d’un cadre de gouvernance fondé sur la transparence, l’efficacité énergétique, la responsabilité environnementale et la coopération internationale.
Le rapport recommande notamment la réalisation systématique d’études d’impact locales, une meilleure transparence sur l’utilisation de l’eau et de l’énergie ainsi que l’intégration de principes de justice environnementale dans le développement des technologies d’intelligence artificielle.
Cette alerte intervient alors que le marché mondial de l’IA poursuit sa forte expansion. Selon les estimations citées dans le rapport, sa valeur pourrait passer de 189 milliards de dollars en 2023 à près de 5.000 milliards de dollars d’ici à 2033.